La collaboration artistique au XXe siècle

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De nombreux duos et mouvement mettent en avant au XXe siècle non pas l’artiste lui-même mais bien sa capacité à émuler au contact d’autres artistes. Ces pratiques deviennent une constituante dans les avant-gardes et dans les groupes cherchant à renouveler la pratique artistique. Dès le début du XXe siècle, ces collaborations vont cherche rà trancher avec le passé artistique qui était la norme de création.

Aux origines de la pratique collaborative 

L’atelier et l’organisation en métiers, prémices des collaborations

La pratique collaborative n’est pas nouvelle et propre au XXe. En effet, les artistes réalisaient déjà des travaux collectifs dès le XVe siècle. Ainsi, Rubens et Snyders sont connus pour avoir réalisé Prométhée ensemble, et David également pour avoir travaillé avec ses élèves. Toutefois, ces pratiques étaient des pratique d’atelier. Le maître posait la signature, réalisait les élément importants du tableaux, tandis que les élèves réalisaient des détails, souvent leur spécialité. 

De plus, on connait également des collaborations pour des ouvrages multiples, comme des éléments de mobilier ou d’orfèvrerie avant 1790, où les métiers se répartissaient une tâche unique. Il ne s’agit pas alors d’une véritable collaboration, mais bien d’une répartition du travail par catégorie d’artisan.

Pierre Paul rubens & Frans Snyders
Pierre Paul Rubens & Frans Snyders, Prométhée, 1618, huile sur toile, Philadelphia Museum of Art

La répartition inégale de ce travail ne permet donc pas de le considérer comme une collaboration au sens que l’entend le XXe siècle. Car ce qui fait la nouveauté de ces collaboration est la dualité du travail dans sa totalité, entre deux artistes à part entière qui réalisent ensemble un élément 

Les expérimentations et partages entre artistes 

Une autre étape de la collaboration nait dans le début du XXe siècle, au sein des avant-gardes. Cela se voit dès 1905, entre Henri Matisse et André Derain. Dans l’été 1905, après les recherches de Matisse sur les travaux néo-impressionnistes de Signac, les deux artistes vont se retrouver à Collioure. De là proviennent les deux tableaux Portrait de Matisse et Portrait de Derain, réalisés par les deux artistes et qui jettent les bases du fauvisme dans l’expérimentation de la couleur. Au Salon d’automne 1905, dans la salle 7, les artistes qui sont alors connus comme les « fauves », présentent des œuvres issues des travaux communs sur la couleur menés par Matisse et Derain. 

André Derain, Matisse
André Derain, Portrait de Matisse, 1905

Les émulations des collaborations entre duo d’artistes

Plusieurs duo d’artistes marquent le XXe siècle, notamment par les transformations qu’ils apportent dans l’art. Des avant-gardes russes comme Gontcharova et Larionov et l’invention du rayonnisme, à Charles et Ray Eames dans le milieu du design, ces couples illustrent l’émulation issue des rencontrent artistiques. 

Les époux Delaunay et l’invention de l’orphisme

Chez les Delaunay, on retrouve une recherche de l’abstraction qui naît dans leurs travaux et leurs expérimentations. Le couple se rencontre à Paris peu avant 1910, et va commencer à travailler ensemble dans leur recherche colorée. Ils développent l’orphisme, un principe de décomposition et d’illustration de la lumière.

Robert Delaunay Disque
Robert Delaunay, Disque simultané, 1912, huile sur toile, collection particulière

Ce travail en synchrone sur la couleurs et le mouvement, visible dans des œuvres comme Contrastes simultanés de Sonia Delaunay ou Disque de Robert Delaunay. Ces œuvres témoignent d’une émulation commune, et montrent le travail conjoint réalisé par ce couple d’artistes dans l’élaboration d’une nouvelle sensibilité artistique.

Sonia Delaunay & Blaise Cendrars,
Sonia Delaunay & Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, 1913

De plus, Sonia Delaunay s’illustre également par une collaboration avec le poète Blaise Cendrars. Dans cette œuvre novatrice, le texte se mêle à la création picturale, qui conjointement évoquent le voyage et le rythme du train auquel le poème fait référence. On assiste ici à une création conjointe, simultanée, qui illustre les pratiquent de nombreux artistes du XXe siècle.

Niki de Saint-Phalle et Tinguely, de la proximité à la réalisation commune

D’associés d’atelier à véritables créateurs en symbiose, le cas de Niki de Saint-Phalle et Tinguely est celui d’une entente artistique créatrice. S’ils se rencontrent en 1956, leur première collaboration survient en 1961, pour Toro de fuego, une machine destinée à exploser au cours d’une fête en l’honneur de Dali. Ils vont par la suite collaborer, pleinement jusqu’en 1971, date de leur séparation, puis ponctuellement jusqu’en 1991 à la mort de Jean Tinguely. 

Niki de Saint-Phalle & Jean Tinguely, Paradis fantastique
Niki de Saint-Phalle & Jean Tinguely, Paradis fantastique, 1967, Moderna Museet de Stockholm

Durant leur pleine collaboration, on note des œuvres représentatives dont Hon en 1966 à laquelle participe Per Olof Ultvedt mais aussi Paradis fantastique en 1967. Toutefois, Tinguely collabore avec de Saint-Phalle dans l’élaboration du Jardin des Tarots, et tous deux se retrouvent pour la réalisation de la Fontaine Stravinsky à Paris en 1983. 

Nike de Saint-Phalle & Jean Tinguely, Fontaine Stravinsky
Nike de Saint-Phalle & Jean Tinguely, Fontaine Stravinsky, Paris

Ce couple d’artistes montrent une collaboration sur une grande partie de leur parcours artistique,. Cela fait d’eux un binôme fondamental et essentiel dans le développement des collaborations entre artiste et qui plus est entre un couple d’artistes. 

Les groupes de pratique collectives, Dada et les Surréalistes

Enfin, la pratique en collaboration est une constituante de certains rassemblements d’artistes. Dans la première moitié du XXe siècle, plusieurs mouvements mettent en avant cette pratique comme un moyen d’atteindre un expressivité plus vraie, libérée des contraintes sociales. 

Dada et l’effacement de l’unicité artistique

C’est le cas notamment dans deux courants artistiques qui illustrent ces pratiques. Dans le mouvement Dada, résolument opposé à la société telle qu’elle est, les collaborations artistiques sont fréquentes. Dans le Cabaret Voltaire, où le groupe se rassemble à Zurich, on réalise des performances. Hugo Ball porte notamment les masques de Marcel Janco, et on récite des poésies à plusieurs voix tel L’amiral cherche une maison à louer de Tzara et Janco.

Jean Arp & Sophie Taeuber-Arp
Jean Arp & Sophie Taeuber-Arp, « Untitled (Duo-Collage) », 1918

Mais enfin, s’illustrent dans ce mouvement la collaboration entre Sophie Taeuber-Arp et Jean Arp, qui réalisent ensemble plusieurs collages. Dans ces œuvres de collages abstraits, les artistes insistent sur la contrainte du motif et l’absence de l’intervention subjective de l’artiste, soumis au motif choisi. Les collages, assemblés au hasards, mettent en plus à mal l’intention d’artiste et donc la subjectivité. Le travail à quatre mains vise ainsi à supprimer le conscient et la subjectivité créative. Le hasard devient dès lors la ligne directrice de la création. 

Toucher l’inconscient par la pratique multiple 

Le Surréalisme, né par le manifeste rédigé par Breton en 1924, est probablement le mouvement qui mettra le plus en avant les collaborations entre artistes. Dès la parution des Champs magnétiques en 1920, la création surréaliste est tournée vers la collaboration. Elle est vue comme un moyen de supprimer l’individualité de chacun et de donner naissance à un surgissement de l’inconscient. C’est ce qu’illustrent les artistes par la pratique du cadavre exquis en dessin notamment, où plusieurs artistes collaborent pour dessiner une forme. André Breton, Yves Tanguy, Tzara, de nombreux Surréalistes pratiqueront cette forme de collaboration, avec des œuvres graphiques présentes sur le marché de l’art. 

Yves Tanguy, Man Ray, Joan Mirò, Max Morise
Yves Tanguy, Man Ray, Joan Mirò, Max Morise, Cadavre exquis, 1927, adjugé 75 000 €