Qu’est-ce le style rocaille ?

Vous avez des questions ?

Le style rocaille, un style né en France : une période historique, des artistes, un art de vivre 

Par style rocaille, on entend le style qui constitua la première partie de la période baroque et domina la première époque du style dit Louis XV (1723-1750) qui connaît son paroxysme en 1730. L’arrivée au pouvoir de Louis XV marque un tournant dans l’histoire, non seulement politique, mais aussi culturelle et sociale de la France puisque le régent, le duc Philippe d’Orléans quitte Versailles pour Paris qui redevient le centre artistique français par excellence. Le style rocaille, fruit d’une inclinaison accrue des élites pour un art de vivre raffiné, se caractérise essentiellement par la présence d’une ornementation naturaliste (d’où il tire d’ailleurs son nom), inspirée des coquillages et des rochers. C’est, en effet, dès 1716 qu’un artiste toulonnais novateur, Bernard Tioto, réalise avant l’heure un recueil de motifs ornementaux aux lignes courbes qui annonce le style. Le rocaille s’impose ensuite à la Cour de Louis XV avec des ornemanistes tels que Aurèle Meissonnier, Bérain ou Nicolas Pinault et des sculpteurs et ciseleurs comme Jean-Claude Duplessis ou Jacques Caffieri. Le mobilier rocaille s’inscrit, comme en témoignent les tableaux de l’époque à l’instar du Portrait de Louis XV de Van Loo, dans des intérieurs certes raffinés, mais également très confortables avec des meubles petits. Cet art de vivre d’une grande douceur participe non seulement au rayonnement de la France, mais aussi à la diffusion et à la popularité du style rocaille en Europe. 

Le style rocaille : des caractéristiques formelles 

L’appellation « rocaille » vient essentiellement du caractère dit naturaliste de l’ornementation, inspirée des grottes artificielles et d’éléments géologiques assemblés en des formes asymétriques. Le mobilier se trouve ainsi orné de coquillages, d’éléments géologiques, végétaux et floraux. Le style se caractérise également par l’emploi de la ligne courbe et une polychromie légère associée à des dorures. Le fauteuil à dossier plat « à la reine » attribué à Jean-Baptiste Ier Tilliard vers 1760 est un exemple typique du style rocaille français : on le voit dans la prédominance de la courbe constituant le dossier ou dans le goût pour les ornements, mais également dans le souci accordé au confort du meuble puisque la position des montants des accoudoirs, en retrait, contribue à rendre le fauteuil plus confortable. Un autre exemple caractéristique du rocaille français est un fauteuil en bois peint réalisé par Guillaume Boucault vers 1770 avec son profil du dossier « enroulé », l’usage du rechampi, peinture en deux tons différents sur un fond blanc sur lequel se détache une autre couleur, l’or le cas échéant. 

Un style paneuropéen : du rocaille au rococo 

Né en France, le style se diffuse ensuite dans toute l’Europe : il est imposé par François de Cuvilliers en Allemagne, par Chippendale en Angleterre, et il en est de même en Italie, notamment à Venise ou en Autriche. Avec cette expansion européenne, on passe du « rocaille » au « rococo », surnom ironique qu’attribuèrent les Italiens au style rocaille français, ce terme, renvoyant d’abord à une perle de forme irrégulière, était synonyme de « saugrenu » ou « excentrique ». Le rocaille connaît ainsi des variations locales sur l’ensemble du continent. le rocaille anglais privilégie ainsi les pieds à l’allure dite décorative, par exemple en escargot, tandis que les ébénistes de l’Italie du Nord, délaissent les dorures pour une laque claire et brillante tout en accordant une grande importance aux motifs floraux, qui renvoient également aux villas et palais italiens de la période.