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Comment reconnaître un meuble estampillé ?

Tous les amateurs de mobilier ancien ont déjà entendu parler de l’estampille, quelle est son histoire ? Quand apparait-elle ? Est-elle réellement gage de qualité ? 

Histoire de l’estampille

L’estampille est la marque des ébénistes apposée sur leur production, c’est une obligation légale, comme le poinçon en orfèvrerie. En effet, sous l’Ancien Régime, chaque menuisier-ébéniste faisait partie d’une corporation, sauf ceux qui travaillaient de manière privilégiée pour le Roi ou de manière libre dans le faubourg Saint-Antoine. À partir de 1743, la communauté des maîtres menuisiers-ébénistes oblige chacun de ses membres à marquer son ouvrage. Chaque maître n’a le droit qu’à une seule estampille tout au long de son activité dont une copie en plomb est déposée au Châtelet de Paris et rayée lorsque le maître meurt, que son atelier n’est pas repris et que son estampille n’est plus usitée. Notons que parfois, la même estampille est utilisée de père en fils ou de maître à apprenti pendant quelques générations sans aucun changement. Attention, parfois on utilise le terme « estampillé » pour désigner un objet ou un meuble caractéristique d’un artiste, sans que la moindre marque y soit apposée.

Exemple d’une estampille sur bois

À partir de 1743, devient également obligatoire l’apposition d’une estampille de contrôle : celle des Jurés Maîtres Ébénistes (JME) à côté de la marque personnelle du maître. Celle-ci légitime le contrôle du travail réalisé et permet également de percevoir les taxes dues à la communauté. Les meubles non conformes étaient confisqués, détruits ou vendus et l’atelier devait payer une amende. Ainsi, la généralisation de l’estampille apparait en même temps que l’expansion du faubourg Saint-Antoine, haut lieu de production « libre » de mobilier, qui était l’objet de contrôles réguliers par la jurande. En 1790, la suppression de la communauté dispense les maîtres de l’obligation d’estampiller, néanmoins certains continuent de le faire pour des questions de publicité. 

Pourquoi alors, si l’estampille était obligatoire et les contrôles réguliers, trouve-t-on des meubles de cette époque sans aucune marque de l’artisan ? Les raisons sont diverses : certains ébénistes voulaient éviter de payer la taxe de la corporation, d’autres souhaitaient garder leur indépendance (apposer une estampille signifiait faire partie de la jurande), d’autres enfin désiraient rester anonymes, souvent à la demande des marchands-merciers qui ne souhaitaient pas que l’on retrace l’origine de leurs marchandises. C’est pourquoi un meuble non estampillé peut tout à fait être un meuble exceptionnel et d’une grande qualité : l’estampille ne fait pas la valeur du bien. Par ailleurs, un arrêté du parlement de Paris datant de 1762 établit que les meubles livrés directement du fabricant au particulier ne portent presque jamais d’estampilles. 

Où se trouve l’estampille ? Comment la reconnaitre ? 

L’outil utilisé pour estampiller est un poinçon en métal coulé d’une seule pièce, portant les initiales ou le nom entier du maître (les estampilles abréviatives sont fréquentes). Les lettres profondément sculptées sont à arêtes vives pour bien marquer le bois. Ainsi, pour apposer l’estampille, il suffit de poser le poinçon sur le bois et de le frapper d’un grand coup de marteau pour que la marque s’imprime ; parfois, le fer est chauffé au préalable. Notons que sur certains meubles très fragiles, la marque peut être écrite à l’encre. 

Poinçon sur bois

L’endroit à marquer n’a jamais été imposé, mais on le trouve généralement sur le bâti du bois, dans un recoin assez caché. Certains meubles sont estampillés à plusieurs endroits, tels ceux de Jean-Henri Riesener (1734-1806) qui marquait ses commodes quatre fois. D’autres meubles portent plusieurs estampilles différentes, il peut y avoir à cela de nombreuses explications. Ainsi, parfois l’apprenti succède au maître et continue d’utiliser son ancienne estampille concomitamment à la sienne : par exemple JF. Oeben, qui succède à Riesener utilisera l’estampille de son maître jusqu’à sa réception à la maîtrise, certaines de ses œuvres portent donc deux estampilles différentes. De même, lors d’une association dans la réalisation d’un meuble, les deux parties peuvent apposer leur marque. Enfin, on peut également trouver sur un même meuble l’estampille du fabricant et celle de l’ébéniste marchand qui le vend. 

Gare aux faux ! 

Attention, dans le domaine du meuble ancien on trouve beaucoup de faux ! Les estampilles sont parfois même apposées par les marchands pour donner de la valeur à leur meuble. Ainsi, si elle est trop visible, ou trop légèrement enfoncée, il faut se méfier. L’estampille n’est pas un gage d’authenticité ! D’autant que l’estampillage des meubles ne dure qu’un demi-siècle, une très courte période considérant l’ensemble de la production mobilière française. 

Ainsi un meuble ne se juge pas à son estampille, mais à sa « pâte ». Une estampille d’un maître réputé sur un meuble de qualité moyenne doit être considérée comme suspecte : en matière de mobilier, la qualité prime. Il est en effet plus facile de contrefaire une estampille qu’un meuble de grande qualité. On voit donc passer sur le marché de nombreuses œuvres « attribuées » et non pas « estampillées » et une bonne provenance est parfois plus valable qu’une estampille pour garantir l’envolée des enchères, comme dans le cas du bureau attribué à Bernard Van RiesenBurgh (estampillée BVRB) provenant des collections du château d’Ahin, à Huy qui a été vendu plus de 250 000 euros chez Marc-Arthur Kohn à Paris en 2013. Une bonne expertise est donc plus que nécessaire en matière de mobilier ancien.

Bureau attribué à Bernard Van RiesenBurgh

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