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Les représentations de l’épisode de la dernière Cène par les peintres

Tradition et sources littéraires

La Cène, dont le nom est issu du latin Cena Domini (le souper, le dîner), est le vocable donné par la religion chrétienne au dernier repas que Jésus-Christ prit le jeudi saint avec ses douze apôtres avant son arrestation et sa crucifixion.

Les quatre Évangiles, selon Matthieu, Marc, Luc et Jean, s’accordent tous à relater sans grandes différences de l’un à l’autre, le dernier repas pris par Jésus avec ses douze disciples. Dans la tradition et la représentation, deux thèmes prédominent. Le premier est l’annonce de la trahison de Judas Iscariote par Jésus-Christ, relaté notamment par Saint Matthieu et Saint Marc : « Le soir venu, il était à table avec les Douze. Pendant qu’ils mangeaient, il dit “en vérité, je vous le déclare, l’un de vous va me livrer”. Comme ils lui demandent tous : “serait-ce moi ?”, Jésus répond : “Il a plongé la main avec moi dans le plat, celui qui va me livrer”.

diptyque en ivoire
Le diptyque de Milan, fin du Ve — début du Vie siècle, ivoire, musée du Duomo de Milan. Crédits photos : Madeleine et Pascal.

Le second moment du dernier souper, également très prisé des fidèles et des artistes, est l’institution de l’Eucharistie, relatée précisément par Matthieu. Ainsi, ayant rompu, le pain, Jésus prononce ces mots “Prenez et mangez, ceci est mon corps.”. Puis prenant une coupe il la donna aux apôtres en déclarant “Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’alliance versé pour la multitude et pour le pardon des péchés.”

Représentations

L’annonce de la trahison de Judas

Le thème de la dernière Cène est absent des premières représentations chrétiennes, il faut attendre la seconde moitié du Ve siècle pour en connaitre la plus ancienne représentation, sur un diptyque d’ivoire formant la reliure d’un évangéliaire et conservée dans le musée du trésor de la cathédrale de Milan dont il est l’un des plus anciens objets.

Aux VIe et VIIe siècles puis durant le Moyen Âge, les artistes témoignent d’une grande prédilection pour l’annonce de la trahison de Judas et en laissent des témoignages monumentaux, comme à la basilique Saint Apollinaire le Neuf à Ravenne, qui présente un décor de mosaïque dédié à la vie du Christ.

La Cène de Pierre Paul Rubens, penture sur toile de 1631, Pinacothèque de Brera

La série de représentation se poursuit jusqu’au XVIe siècle et l’on trouve différentes variantes, parfois Judas est représenté tendant la main vers le plat, d’autres fois, Jésus lui tend un morceau de pain comme dans la toile de Hans Holbein le Jeune, réalisée vers 1520 et conservée au musée des Beaux-Arts de Bâle. Dans d’autres représentations, Judas est identifiable par un certain nombre de caractéristiques formelles : parfois un peu éloigné de la table et vêtu d’un vêtement jaune et bleu, il a un visage laid, au regard fuyant ou directement tourné vers le spectateur qu’il prend comme témoin de sa perfidie, comme dans La Cène de Pierre Paul Rubens, une toile de 1631 conservé à la Pinacothèque de Brera.

Institution de l’Eucharistie

Cet épisode se fait rare dans les représentations jusqu’au XVe siècle. Les primitifs flamands comme Dirk Bouts s’emparent alors de l’épisode, dans le cadre d’une dévotion renouvelée, comme dans le Retable du Saint Sacrement, un panneau de triptyque datant 1468, conservé à la cathédrale de Louvain et illustrant également les nouvelles recherches apportées à la perspective.

huile sur toile La Cène

À partir du XVIe siècle, les artistes de la Religion réformée (le protestantisme) donnent à la Cène (qu’ils nomment “Sainte-Cène”) une nouvelle interprétation symbolique dans les tableaux d’autel en la considérant comme un des deux sacrements, l’autre étant le baptême et en l’associant à la communion des croyants avec le Christ. Parallèlement, l’institution de l’Eucharistie prend une place prédominante dans l’iconographique de l’Église catholique juste après la Réforme et les grands conciles, comme le concile de Trente entre 1545 et 1563.

peinture Philippe de Champaigne
Philippe de Champaigne, La Cène, vers 1652, huile sur toile, Musée du Louvre. Crédits photos : Musée du Louvre/A. Dequier — M. Bard

Au XVIIe siècle, le thème a encore une grande résonance en France et est relayé en peinture par des artistes proches des courants religieux issus de la Contre-Réforme, comme le peintre janséniste Philippe de Champaigne, qui réalise en 1652 une Cène traitant de la consécration du pain et du vin par Jésus pour l’église de l’abbaye de Port-Royal des Champs, l’un de ses plus grands chefs d’œuvres.

La Cène de Léonard de Vinci : histoire d’une icône

Lorsqu’il s’agit de l’épisode du dernier souper, l’imaginaire collectif est marqué par la célèbre représentation qu’en a fait Léonard de Vinci au couvent dominicain de l’église.

Léonard de Vinci La Cène
Léonard de Vinci, La Cène, peintre murale à la détrempe, 1492-1495, Couvent de l’église Santa Maria Delle Grazie, Milan.

Santa Maria delle Grazie de Milan. Cette peinture murale à la détrempe de près de neuf mètres de long a été commandée par Ludovico Sforza, pour qui Léonard travaille à la réalisation d’une statue équestre, ce qui explique le temps long de la réalisation : plus de trois ans, de 1495 à 1498. 

Lorsque Léonard choisit de représenter l’épisode de la Cène, il suit là une vieille tradition monastique qui établit, depuis le Moyen Âge, un lien entre les représentations et les lieux cultuels : la Cène prend donc naturellement place dans le réfectoire. Dans cette œuvre, Judas n’est pas représenté isolé ou au premier plan, comme le voulait les conventions, mais proche du Christ qui, par l’ouverture de ses bras, réunit les deux grands thèmes de l’épisode : la trahison de Judas (en esquissant le geste de prendre le pain) et celui de l’institution du sacrement de l’Eucharistie.

Dès sa réalisation, l’œuvre est célébrée par les plus grands humanistes et mathématiciens, dont Luca Pacioli, mais, très vite, elle se dégrade à cause de l’utilisation très personnelle qu’a fait Léonard de la technique de la peinture a tempera (la technique a fresco aurait, elle, permis une meilleure conservation de l’œuvre). Cette dégradation participe de la renommée de l’œuvre, que tous veulent saisir avant sa disparition définitive, c’est pourquoi on trouve un grand nombre de copies anciennes dont l’une, attribuée à Marco d’Oggiono, est conservée au musée d’Ecouen.

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