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Comment authentifier une majolique italienne de la Renaissance ?

Qu’est-ce qu’une majolique ?

Le mot maiolica est employé dès la fin du Moyen Âge pour décrire les céramiques produites à Majorque et diffusées dans toute l’Europe, notamment en Italie. Puis, un glissement sémantique s’opère au tout début de la Renaissance et dès 1480 ce mot est utilisé pour décrire essentiellement les faïences italiennes à décor lustré. Aujourd’hui en Italie, le mot Maiolica est synonyme de faïence ; en France, on l’utilise presque exclusivement pour décrire la céramique italienne de la Renaissance et certains exemplaires anversois. 

La majolique est donc une faïence à décor lustré, c’est-à-dire constituée d’une pâte argileuse, plutôt ocre ou rose, cuite grâce à une première cuisson dite « de dégourdi ». Celle-ci est ensuite recouverte d’une glaçure appelée émail et d’un décor constitué d’oxydes métalliques. À cette étape, une seconde cuisson intervient permettant de fixer le décor. Enfin on y appose parfois un lustre, c’est-à-dire des nanoparticules de cuivre et d’argent cuits à basse température. La technique de la majolique n’a donc rien de novateur, son originalité et son succès sont dus à ses décors caractéristiques de certaines époques et centres de productions. Les formes les plus courantes sont les plats, coupes, gourdes, albarelli et vases.

La majolique n’était en rien une vaisselle d’usage et ses commanditaires étaient très conscients de la haute portée artistique de ces objets qu’ils exposaient à leurs visiteurs dans d’imposantes crédences. Leur valeur en faisait des cadeaux de mariage idéaux entre familles de la grande bourgeoisie et de la noblesse, ce qui aboutira à la représentation des belle donne, figurant la future mariée souvent représentée de profil avec un petit cartel nominatif et une ou deux qualités telles que « bella » ou « gentile ».

Les décors, éléments essentiels d’identification.

L’étude des décors est particulièrement importante dans l’appréhension des majoliques italiennes. En effet, le peintre faïencier avait une grande capacité décisionnaire et choisissait lui-même les sujets à représenter dans un service. En règle générale, le commanditaire n’avait que très peu d’influence sur les iconographies choisies.

Le renouveau du décor : les motifs All’antica.

Avant la seconde moitié du XVe siècle, les décors des majoliques sont majoritairement d’inspiration gothique puis le goût change et les ornements deviennent intimement liés aux créations picturales contemporaines. Ainsi, entre 1480 et 1520, juste après la redécouverte de la villa antique de Néron, la domus aurea, on trouve beaucoup de grotesques sur fond colorés accompagnés de cartels marqués SPQR pour Senatus Populus Que Romanus. Puis, dès 1520, ces décors sont détrônés par des motifs de grotesques sur fonds blancs comme ceux réalisés par Raphaël pour les loges vaticanes. Notons qu’avant 1540, nous ne connaissons aucun dessin original exclusivement destiné à une majolique. Les grands centres de production des majoliques au décor all’antica sont Sienne et Pérouse.

Les décors héraldiques

À la fin du Moyen-Âge, le blason n’est pas uniquement réservé à la noblesse et peut être porté par une famille bourgeoise ou une institution. En Italie, au début de la Renaissance, on assiste à une recrudescence des armoiries, mais aussi des emblèmes (sous la forme d’un animal ou d’un objet) associés à un ou plusieurs mots qui constituent la devise. Par ses décors colorés et sa destination (être exposée aux yeux de tous), la majolique se prête extrêmement bien à l’apposition du décor héraldique, qui prend une place omniprésente dans la faïence italienne jusqu’à la fin du XVIe siècle. Ces blasons sont par ailleurs particulièrement pratiques pour reconnaitre un commanditaire ou un centre de production.

Le décor historié

Ce type de majolique est le plus répandu, mais aussi le plus recherché par les collectionneurs. Le décor historié apparait entre 1480 et 1520 sous l’influence de l’imprimerie et de la gravure. Ces représentations nouvelles sont liées aux centres d’intérêt de la clientèle noble et bourgeoise, il s’agit donc dans un premier temps de sujets religieux traditionnels. Jusqu’en 1520, les peintres faïenciers italiens puisaient dans les textes religieux ornés de vignettes réalisées par des graveurs germaniques ou italiens dans une moindre mesure. On peut donc retrouver sur des faïences italiennes les iconographies des maîtres des écoles du nord, tels que Dürer, Schongauer ou Lucas de Leyde. Ceci nous permet, parfois, d’avancer une datation. Vers 1500, les iconographies de l’Ancien et du Nouveau Testament se maintiennent avec une nouveauté : les peintres faïenciers insèrent des personnages contemporains dans des scènes bibliques, abolissant les frontières entre passé et présent. 

Après 1520 apparait une déferlante de représentations religieuses, mythologiques ou allégoriques qui copient les peintures de Raphaël. Les œuvres du grand maître deviennent la source principale des peintres de majoliques, grâce à l’intermédiaire de graveurs tels que Marc Antonio Raimondi ou Agostino Veneziano qui diffusent largement ses productions. À cette époque travaille d’ailleurs Nicola da Urbino, le plus grand peintre de faïence du duché d’Urbino. La production de majolique devient un sujet de rivalité et d’émulation entre les grands souverains locaux et de nombreux centres de production apparaissent, dont les plus connus sont ceux de Deruta, Gubbio, Faenza (qui était l’un des centres les plus précoces et les plus actifs), Urbino ou encore Casteldurante.

La majolique sur le marché

Dans les années 1980, la majolique de la Renaissance était la coqueluche des amateurs, surtout italiens, qui s’arrachaient les plus belles pièces à prix d’or. Aujourd’hui, l’engouement s’est un peu calmé, même si l’enthousiasme des acheteurs face à une belle pièce est toujours sensible. Les pièces historiées ou figuratives ont la préférence des collectionneurs, tel ce plat à décor polychrome figurant Diane et Apollon, attribué au peintre Marsyas de Milan et adjugé plus de 88 000 euros chez Couteau-Bégarie en 2016.

De nombreux musées français possèdent également de belles collections de majoliques italiennes et préemptent régulièrement dans les salles des ventes, tel le Musée du Louvre, le musée d’Ecouen ou encore le musée Antoine-Vivenel de Compiègne. Notons enfin qu’une bonne expertise de votre majolique est nécessaire, car de nombreuses copies ont été réalisées au XIXsiècle, dont certaines sont exposées à la cité de la céramique de Sèvres

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