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Interview : Comment conserver sa collection de photos anciennes ?

Vous possédez des photographies anciennes (daguerréotypes, négatifs, argentiques, tirages chromogènes…) ? Au travers de cette interview, Pierre-Emmanuel Nyeborg, préventeur et restaurateur, vous fait part de ses conseils pour conserver et faire restaurer ses photographies.

Pierre-Emmanuel Nyeborg est préventeur consultant en collection patrimoniale de photographies. Diplômé en 1988 en restauration-conservation (formation suivie à Paris I, au Canada et aux États-Unis), il a dirigé pendant 11 ans la section restauration de l’Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris, sous la direction d’Anne Cartier-Bresson. Il a notamment participé à la restauration de collections documentaires aux archives municipales de la ville de Paris, au Musée Carnavalet, à la Bibliothèque historique et à la bibliothèque Marguerite Durand.

Nous avons recueilli ses propos autour de la conservation-restauration de photographies.

En quoi consiste la conservation-restauration de photographies ?

Jusque dans les années 1990, en Amérique du Nord, notre travail avait une logique curative : soigner à grands frais les pathologies des œuvres, fréquemment consultées, manipulées… L’image d’Épinal de la profession est souvent celle d’un restaurateur avec une grosse loupe et un pinceau avec trois poils au bout.

En réalité, notre approche est beaucoup plus globale : nous nous efforçons de comprendre les pathologies et leurs causes, afin de pouvoir traiter et éviter la résurgence de ces problématiques. Nous devons préserver à long terme des matériaux non durables. Notre travail est à la fois ponctuel (opérations de chirurgies esthétiques) et continu (suivi médical des œuvres nous permettant de réagir en amont). 

Comment prévenez-vous les dommages sur les photos ?

Nous commençons par étudier les locaux de conservation et leurs contraintes (humidité, poussière…) afin de conseiller les musées/clients dans la préservation de leurs collections. 

A titre d’exemple, je travaille sur un projet où les collections sont conservées dans un sous-sol très humide, ce qui favorise le développement fongique. Qu’aurait-on pu mettre en place pour éviter ce problème ? Mieux gérer l’emplacement (lieu non humide), adapter le type de collection au lieu (pas de matériaux organiques sujets aux moisissures dans ces locaux).

La préservation du patrimoine photographique s’inscrit dans une chaîne d’actions qui implique de nombreuses  professions. Nous travaillons en équipe : historiens, conservateurs, commissaires d’exposition, climaticiens (pour l’optimisation de l’environnement de conservation), déménageurs (concernant les risques de pliage, déchirure, etc), voire surveillants des musées (afin de prévenir les anomalies telles qu’une fuite d’eau).

Quelles sont les clés d’analyse pour établir le diagnostic d’une photographie ?

Il faut d’abord savoir que tous les dommages ne sont pas réparables (la teinte magenta des tirages chromogènes est irréversible) : mieux vaut donc prévenir que guérir. 

Nous commençons notre diagnostic par un examen visuel qui nous oriente vers un traitement : des taches vertes peuvent indiquer un développement fongique, il faut alors placer l’objet dans un endroit plus stable en température.

Ensuite, nous stabilisons l’état de l’œuvre : par exemple on consolide une déchirure avec du papier japonais support pour éviter qu’elle ne s’agrandisse. Les choix sont pris de manière collégiale. 

Enfin, toujours dans une logique préventive, nous pouvons procéder à des copies ou transferts pour les supports les plus fragiles. Nous avons aussi établi des procédures précises avec des chaînes de commandement et des rôles à respecter en cas d’urgence (incendie par exemple).

Jusqu’où est-il possible d’aller dans la restauration des photographies ?

Notre profession est encadrée par un code de déontologie : il ne faut pas d’acharnement thérapeutique au motif de l’esthétique, au risque de dénaturer l’œuvre. Avant, on cherchait absolument à maquiller les œuvres, parfois avec des traitements intrusifs affaiblissant les matériaux.

Aujourd’hui, on considère que les défauts font partie de l’objet et de son message et qu’il faut les prendre en compte (la teinte sépia par exemple est un élément d’appréciation de l’ancienneté de l’œuvre). Également, nos interventions doivent être stables, lisibles et réversibles. On se pose aussi la question du coût et de la consommation en énergie. L’intervention peut cependant être plus ou moins poussée selon le client et sa demande. 

restauration expertise photo ancienne sépia
Photographie de 1895 ayant pris une teinte sépia

Dans cette même logique de prévention des dommages, Pierre-Emmanuel nous fait part de ses conseils pour préserver ses collections de photographies.

Quels sont les supports photos les plus fragiles et comment les protéger ?

Certains matériaux composants des photographies nécessitent un soin particulier, car ils sont sujets à des dégradations souvent irréversibles.

Les matériaux synthétiques 

Nitrate et acétate de Cellulose

La nitrate de cellulose et l’acétate de cellulose sont obtenues à partir de cellulose réduite par acidification avec de l’acide nitrique. Elles constituent le support de nombreuses photos. Elles se dégradent très facilement et de manière irréversible, car elles dégagent les restes d’acides contenus. 

Il faut être précautionneux sur les conditions de stockage : stocker plusieurs photos ensemble peut provoquer une réaction en chaîne (masse critique) : préférez des pochettes papier individuelles. Privilégiez des espaces aérés et des matériaux poreux (du papier) à des boîtes fermées favorisant la catalyse et l’accélération des dégradations. Évitez de les mettre en contact avec d’autres matériaux, surtout dans une boîte fermée : l’acide dégagé se répand et amorce une dégradation des matériaux voisins. 

La nitrate de cellulose est, de plus, souvent transformée en films transparents (négatifs, films de cinéma) recouverts d’une couche de gélatine, qui est photosensible : l’exposition directe à la lumière est ainsi à éviter. 

Tirages chromogènes

Les tirages chromogènes des années 1960-1970 sont très fugaces et photosensibles. Ils sont composés de trois couches de colorants, instables et extrêmement sensibles aux énergies lumineuses et thermiques. Les chaînes de colorants se rompent et perdent leur propriété de colorant, ce qui donne la teinte magenta aux photos .

restauration expertise photo magenta
Tirage chromogène dont le colorant cyan s’est dégradé basculant vers une teinte magenta

Les dégradations des tirages chromogènes sont irréversibles. On peut les éviter en éloignant les objets des sources de lumière et de chaleur, et en les conservant au frais.

Les matériaux organiques (gélatine)

Les matières organiques telles que la gélatine se dégradent avec l’humidité et la lumière, qui provoquent moisissures et altérations. 

La gélatine gonfle avec l’humidité, qui va alors coller avec les matériaux contacts. Leur séparation est fastidieuse et longue. Il est donc préférable de stocker individuellement les épreuves à la gélatine, au sec, au frais, et à l’abri de la lumière qui aura un impact sur l’image argentique qu’elle renferme

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Epreuve à la gélatine gonflée et moisie

La restauration des daguerréotypes 

Les daguerréotypes sont des supports anciens (1839 pour les premiers) et extrêmement fragiles, d’où leur verre de protection qu’il ne faut surtout pas enlever. Leur structure est composée de micro-gouttelettes de mercure déposées sur une plaque d’argent, s’effaçant par simple frottement.

Parfois oubliés dans des placards, les daguerréotypes peuvent présenter des traces d’oxydation : il ne faut pas essayer de les gratter, au risque d’effacer les images. De même que si le verre est cassé, orientez-vous vers un professionnel de la restauration et évitez de les manipuler.

Que conseillez-vous pour préserver ses photos ?

Pour mieux conserver vos photographies, quelques grands principes sont à respecter : protéger de la poussière, des empreintes digitales, de l’humidité, et de la lumière. Comme les gâteaux, il faut mettre vos photos au sec, et si possible au frais.

Consultez un professionnel

Si vos photographies présentent des altérations, n’hésitez pas à consulter un professionnel de la conservation-restauration de photographies. Il pourra examiner, stabiliser et intervenir sur l’objet. Il saura aussi vous conseiller pour mieux conserver et consulter vos objets. D’ici là, évitez le plus possible de les manipuler.

Limitez la manipulation ou utilisez des gants

Touchez le moins possible vos photographies. Si vous devez le faire, utilisez des gants (chirurgicaux en nitrile, en coton, en soie…), et surtout  pas à mains nues : l’acidité des doigts laisse des empreintes qui altèrent souvent définitivement les objets. 

Soyez particulièrement précautionneux avec les supports synthétiques ou anciens.

Evitez l’humidité

L’humidité est le plus gros problème et un des plus fréquents. Elle favorise le développement fongique (moisissures), en particulier pour les matériaux organiques comme les épreuves à la gélatine. Sur ce support, il peut être indiqué par des taches vertes (mais les moisissures peuvent prendre toutes sortes de colorations). 

Pour stopper le développement, il faut placer l’objet dans un endroit plus stable en température (au sec), et si possible au frais. Si vos collections ont développé des moisissures, contactez un professionnel de la restauration afin qu’il applique le traitement adéquat.

De manière générale, gardez vos photos au sec et au frais.

Rangez vos photos et évitez la poussière

Conserver vos photos dans des boîtes

Le mieux pour ranger vos photos est d’utiliser une boîte en carton de qualité “conservation” répondant à la norme ISO 18916 (PAT: Photo Activity Test). Évitez en revanche les cartons d’archivage cannelés. Optez pour des matériaux simples, non colorés (cartons  blancs) et les plus neutres possible. Éloignez tous les matériaux qui ne répondent pas à ces critères de vos collections.

Préférez le papier au plastique

Il est préférable de stocker vos photos dans des pochettes individuelles en papier non acide, si possible de conservation. N’hésitez pas à prendre conseil chez un spécialiste concernant le type de pochette. De manière générale, évitez le plastique, surtout issu du commerce.

Aérez vos collections

Aérer sa collection peut être une bonne chose, surtout pour les supports souples comme les acétates et les nitrates de cellulose, mais pensez à utiliser des gants. 

Nous remercions très chaleureusement Pierre-Emmanuel Nyeborg pour cette interview et ses conseils de conservateur-restaurateur. Les photographies nous ont été aimablement transmises par Pierre-Emmanuel. Vous pouvez le contacter via son site.

Si vous possédez des photographies anciennes telles que des daguerréotypes et que vous souhaitez les faire estimer, n’hésitez pas à remplir notre page dédiée à l’estimation des photos.

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