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Comment identifier les œuvres de la manufacture de Sèvres ?

Les productions de la manufacture de Sèvres se retrouvent très régulièrement dans les salles de vente aux enchères françaises et européennes, ce qui est naturel au vu de la production continue de la manufacture durant près de trois siècles et encore aujourd’hui.

Néanmoins, les copies et les imitations sont monnaie courante, et sont parfois si proches de la réalité qu’un œil non averti s’y tromperait aisément. Heureusement, un certain nombre d’indices permettent de s’y retrouver. Vous trouverez ici un guide pratique destiné aux amateurs, aux chercheurs et aux collectionneurs qui souhaitent se former à l’authentification rapide d’une pièce de porcelaine issue de la manufacture de Sèvres.

Les marques de Sèvres

Les marques sont des indices précieux pour l’identification d’une pièce, néanmoins, elles ne suffisent pas à authentifier une porcelaine de Sèvres, car elles sont très faciles à falsifier. Il faut donc, dans un premier temps, examiner minutieusement la pièce et juger de la qualité de la pâte, des couleurs, de la pureté de l’or et de la finesse d’exécution des formes et des décors.

marques porcelaine sèvres
Tasse et soucoupe présentant certaines marques de Sèvres

Les marques apposées sur les œuvres de la manufacture de Sèvres permettent d’identifier la date de fabrication et de décoration. Les marques de fabrication sont ainsi, depuis le milieu du XIXe siècle, apposées sous l’émail tandis que les marques de décoration sont sur la surface. Les autres marques déterminent également la pâte utilisée et parfois même les céramistes ayant participé à la fabrication de l’objet. Pour les œuvres contemporaines, la signature des artistes y est également apposée.

Notez enfin que la présence du mot « Sèvres » au revers d’une pièce de céramique ne certifie pas de l’attribution de l’œuvre à l’ancienne manufacture royale puisque de nombreux ateliers privés se sont installés dans la ville au fil des siècles et ont jouit de l’utilisation du mot et par la même de sa grande attractivité.

Les caractéristiques générales, mais essentielles, d’une porcelaine de Sèvres

Les pièces courantes

Une pièce de la manufacture de Sèvres présente un certain nombre de caractéristiques formelles communes à toutes les productions sauf les pièces décorées et les sculptures dont nous traiterons plus tard. Ainsi, une porcelaine de Sèvres doit pouvoir présenter une pâte très blanche et une couverte très fine qui permet la lecture de tous les éléments de façonnage. Les assiettes, qui sont parmi les objets les plus courants, sont tournées à plat jusqu’en 1842. Au-delà de cette date, les pièces sont calibrées et présentent alors au dos et sous l’émail, des anneaux en relief.

De plus, la très haute qualité d’exécution des œuvres de la manufacture exige que toutes les peintures soient extrêmement soignées, même au revers. Jamais vous ne verrez sur une pièce de Sèvres, des couleurs ternes ou sales, un dessin brouillon et une composition mal exécutée. Le décor est d’ailleurs composé en cohérence par rapport à la forme de l’œuvre. Enfin, on se doit également de prêter une grande attention à la dorure, qui est spécifiquement formée d’or pur à 24 carats et jamais amalgamée à un autre métal qui rendrait l’or mat et lui donnerait du relief. 

Les sculptures

Sculpture Manufacture de Sèvres
Louis Simon Boizot, Marie-Antoinette, 1785, Manufacture de Sèvres

Les sculptures en porcelaine ou en biscuit comptent parmi les plus beaux objets qui aient été façonnés à la manufacture de Sèvres qui les produit dès 1750 et les destine au décor des tables. Ces figures sont également offertes en cadeaux diplomatiques par les rois Louis XV et Louis XVI. Les modèles, donnés par Falconet, Boizot ou encore Carpeaux ou Frémiet font la joie des collectionneurs, et sont donc assez largement imités. Pour les distinguer, sachez que ces œuvres ne présentent jamais la marque au chiffre royal (les deux L affrontés) gravée en creux. De même, à cette époque, le nom et la signature du sculpteur ne figurent jamais sur les œuvres, sauf pour une seule et unique exception : le buste de Napoléon d’après Chaudet. Cette spécificité et la reconnaissance du statut de l’artiste n’apparaîtront qu’à la fin du XIXe siècle.

Les imitations les plus courantes

La signature la plus imitée par les copistes est celle du XVIIIe siècle (formée par deux L entrelacés) puisqu’il s’agit des œuvres les plus renommées et les plus coûteuses. La manufacture de Samson en région parisienne signe d’une manière très semblable, mais avec quatre S. La signature de Sèvres présente une lettre-date, c’est-à-dire que la lettre présente dans la signature indique la date de production. Lorsque la signature est maladroite et présente un S à l’intérieur, il s’agit d’un faux. De même, le mot Sèvres en majuscule dans un cartouche ovale n’a été utilisé à la manufacture royale uniquement sur les biscuits.

Les monogrammes et chiffres royaux se trouvent toujours sur la face visible des pièces et non pas au dos.

Le N couronné, qui signe les productions de la manufacture de Sèvres sous Napoléon III est très régulièrement imité et peut être également confondu avec la signature des manufactures de Naples, particulièrement Capodimonte. À cet égard, veillez à examiner les formes des pièces qui diffèrent souvent de l’esthétique française : tasses étroites, hautes, ornées de personnages napoléoniens…

Pate tendre Sèvres
Marronière et son plateau en pâte tendre de Sèvres à fond bleu Lapis, décor d’Amand L’Aîné, 175

La présence d’un macaron, souvent de couleur bleue, à l’arrière d’une pièce révèle également la volonté de cacher un signe qui dévoilerait la réelle provenance de l’objet. Ces macarons n’ont jamais été utilisés à Sèvres.

Les porcelaines de Sèvres sont donc aussi courantes qu’elles sont fausses et il est nécessaire d’être très vigilant dans l’examen de ces pièces. D’autant plus que certaines œuvres, par ailleurs exceptionnelles par la qualité de leur polychromie, atteignent des sommets aux enchères, telles que cette marronière et son plateau, en pâte tendre de Sèvres à fond bleu lapis, daté de 1758, adjugé 106 000 euros frais compris chez Millon et Associés à Drouot en 2005.

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