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Comment différencier la porcelaine tendre de la porcelaine dure ?

La porcelaine tendre et la porcelaine dure peuvent être visuellement très proches et ont été parfois produites concomitamment dans les mêmes manufactures, ainsi il peut être difficile de les identifier. Il a souvent été dit que la porcelaine tendre n’a pas de kaolin, contrairement à la dure et qu’il s’agit là de la principale différence, c’est une réponse exacte, mais incomplète. Quelles sont donc les différences entre porcelaine tendre et dure, et comment les reconnaître ? 

Histoire de la porcelaine en Europe

La porcelaine tendre a été produite en Italie et en France dès le XVIsiècle pour imiter la porcelaine dure chinoise, qui connaissait un grand succès en Occident. Ainsi, entre 1575 et 1583 est produite une porcelaine tendre en Italie, appelée porcelaine Médicis. Il faut attendre 1673 pour que les premières tentatives réussissent en France, dans une manufacture de Rouen. Puis, à partir de 1678, la manufacture de Saint-Cloud produit également de la porcelaine tendre, aux formes ramassées et solides, ornée de camaïeu de bleu ou totalement blanche pour imiter les porcelaines blanches de Chine. 

En 1709 est découvert à Meissen, en Allemagne, le secret de fabrication de la porcelaine dure et la manufacture exporte ses productions partout en Europe. En France, la production de porcelaine tendre continue, notamment à Chantilly où on réalise des copies de porcelaines japonaises. À partir de 1745, la manufacture de Vincennes obtient le monopole de la production française de la porcelaine afin de concurrencer Meissen et Chantilly. D’autres manufactures françaises perdurent, comme Villeroy-Maincy et Sceaux, mais doivent se cacher. En 1756, la manufacture de Vincennes déménage à Sèvres dans un bâtiment construit à l’initiative de Mme de Pompadour. On lui doit la réussite de nombreux fonds de couleurs dont le turquoise (dit bleu céleste) qui feront sa renommée. Elle est également le lieu du développement du biscuit, une porcelaine sans émail ou couverte, qui permettra de réaliser de petites statuettes. À partir du déménagement à Sèvres, les formes sont plus picturales et les motifs plus complexes : le « vase de Sèvres » est né.

Dès les années 1750, la manufacture de Sèvres reçoit la formule de la porcelaine dure et les pâtes dures et tendres sont produites concomitamment jusqu’en 1804 lorsqu’Alexandre Brongniart, directeur de la manufacture de Sèvres, interdit la production de porcelaine tendre. À partir de cette date, la porcelaine dure prend une place prépondérante dans la production française. 

La découverte d’une carrière de kaolin dans le Limousin en 1765 rendra caduc le monopole de la manufacture de Sèvres (qui permettra le développement de la porcelaine de Limoges) ; de nombreuses manufactures émergent en France et même si elles n’ont pas la même qualité que la manufacture de Sèvres, elles satisfont la clientèle bourgeoise. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, toute l’Europe imite la manufacture de Sèvres. 

Comment différencier la porcelaine dure de la tendre ? 

La porcelaine est appelée tendre lorsque le biscuit et la glaçure sont cuits dans deux feux différents, à basse température. Ce procédé permet à la couverte de rester tendre et donc d’être rayable à l’acier. Pour cette raison, il n’est pas rare d’observer des traces de couteau sur la vaisselle ancienne en porcelaine tendre. La porcelaine dure, quant à elle, cuit à une température bien plus élevée, entre 1200 et 1450 degrés. À cette température, la glaçure devient nettement plus dure et se raye donc beaucoup moins. Évidemment, le kaolin reste un élément essentiel dans la dureté de la porcelaine : plus les porcelaines sont riches en kaolin, plus elles résistent aux chocs de température. C’est pour cette raison que la porcelaine tendre a tendance à se fissurer, se déformer, voir éclater au contact de boissons chaudes. Notons également que la couverte de la porcelaine dure cuisant en même temps que le biscuit, les traces des supports de cuisson sont apparentes, au contraire de la porcelaine tendre.

Le décor fournit également des indices. Si les deux pièces sont en biscuit, c’est-à-dire sans couverte, il est alors impossible de les différencier à l’œil nu, une analyse chimique est nécessaire. Si les pièces sont émaillées sans décor et que les traces des supports de cuisson de la porcelaine sont visibles, il s’agit alors d’une porcelaine dure. De même, dû à ces supports, la porcelaine dure subit des déformations qui sont reconnaissables pour un œil averti. Si les pièces sont émaillées avec un décor, l’identification est simplifiée : la cuisson à basse température de la porcelaine tendre permet aux artistes l’utilisation d’une plus grande gamme de couleurs. De plus, sur la porcelaine dure, les couleurs de petit feu (c’est-à-dire posées sur une céramique déjà cuite et émaillée) sont généralement plus mates que sur la porcelaine tendre. De même, l’or est habituellement appliqué en couche plus fine sur la porcelaine dure que sur la tendre. 

Enfin, il est également parfois possible de les différencier par la taille. En effet, les porcelaines dures sont plus ductiles et permettent la réalisation de pièces de plus grandes dimensions, tandis que les porcelaines tendres sont généralement plus ramassées, mais également plus complexes. Bien sûr, de nombreuses exceptions existent, il faut être prudent !

Les prix de la porcelaine sur le marché

Il faut être très précautionneux dans l’authentification : l’industrialisation de la production de porcelaine a parfois brouillé les pistes en créant des objets hybrides et les salles de vente sont pleines d’objets de piètre qualité. Les ventes de faïences sont nombreuses au sein desquelles la porcelaine a toujours une place de choix. La préférence des collectionneurs va aux porcelaines tendres, plus rares et souvent plus anciennes. Ainsi, le 26 novembre 2018, un sceau à verre forme du Roy en porcelaine tendre a trouvé preneur à plus de 130 000 euros chez Pescheteau-Badin à Paris. Dans la même vente, le Musée du Louvre a préempté un plateau de déjeuner du service de Portraits de la famille royale à 25 500 euros. Les grands musées français et étrangers sont toujours très friands de ce type d’objets, surtout s’ils viennent d’une manufacture ou d’un service importants. N’hésitez donc pas à faire estimer le service de famille !

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