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Comment regarder un tableau : conseils d’expert

En 2003, l’historien de l’art Daniel Arasse faisait paraître, aux éditions Gallimard, un ouvrage intitulé On n’y voit rien mettant en exergue la tâche difficile qui incombe à tout historien de l’art : la confrontation avec l’œuvre et l’interprétation qui en découle, la véritable « aventure du regard ». Pour, précisément, y voir quelque chose, le spectateur peut orienter son regard suivant trois perspectives : la reconnaissance du motif allant de pair avec le genre du tableau, la reconnaissance de certaines formes et gammes de couleurs chromatiques et, enfin, la perception du « je ne sais quoi de l’œuvre », un petit détail ou autre, partie intégrante de son originalité. 

Regarder un tableau : la question du motif

Regarder un tableau implique d’abord l’identification de certains motifs constituant le sujet du tableau. Ces motifs permettent ensuite le rattachement de l’œuvre à un certain genre (peinture d’histoire, portrait, scène de genre, nature morte ou paysage) et rendent plus aisée la compréhension du tableau, notamment dans le cadre de la peinture d’histoire. Prenons ainsi l’exemple d’une célèbre peinture d’histoire à sujet dit mythologique, la Naissance de Vénus de Botticelli. Que voit-on ? Au centre, une femme nue sortant d’un coquillage sur une étendue d’eau, à gauche, un homme vêtu d’un manteau bleu entouré d’une nuée de roses tenant dans ses bras une femme et à droite, une autre femme revêtant un voile rouge aux motifs floraux. Notre connaissance de la mythologie nous permet d’identifier cette femme sortant de l’eau, dans la conque d’un coquillage à Vénus, fille de Jupiter née de l’écume des mers. À gauche, on reconnaît également la divinité associée au vent (Zéphyr) tenant dans ses bras une femme symbolisant la brise tandis qu’à droite, se tient l’une des Heures, fille de Jupiter et de Thémis. 

Une affaire de lignes, de formes et de couleurs du tableau

Si regarder un tableau implique donc d’abord cette première phase d’identification du motif, s’intéresser aux formes, aux lignes et aux couleurs qui composent le tableau constitue une étape primordiale pour l’interprétation. Ainsi, dans le tableau de Matisse, Le Bonheur de Vivre (1905, Barnes Fondation), les lignes courbes constituant le paysage, mais également le corps des personnages ainsi que les couleurs chaudes (rouge, rose, orange) confèrent à l’ensemble un caractère chaleureux et voluptueux, en connivence avec le sujet représenté : une scène bucolique renvoyant à un âge d’or aujourd’hui révolu. Inversement, le clair-obscur qu’utilise le Caravage dans ses compositions célèbres comme Judith et Holopherne renforce la tonalité angoissante du sujet. S’intéresser aux lignes et aux formes, c’est reconnaître un certain style : le style d’une époque ou le style d’un artiste, qui facilitent, eux aussi, la compréhension du tableau. 

Saisir le « je ne sais quoi » propre à chaque œuvre 

Mais regarder un tableau, c’est surtout percevoir la singularité inhérente à chaque œuvre, son originalité. Celle-ci peut prendre la forme d’une particularité stylistique ou d’un détail signifiant. Certains de ces détails qui font le « petit plus » de chaque œuvre ont notamment été analysés par Daniel Arasse dans son ouvrage Le Détail et dans ses Histoires de peintures. Daniel Arasse donne notamment l’exemple de l’Annonciation de Fra Filippo Lippi (1448-1450, National Gallery, Londres). Dans la robe de la Vierge apparaît une boutonnière à la hauteur du nombril, une boutonnière ouverte par laquelle passe un rayon d’or tendant à éclabousser la colombe et faisant écho aux rayons divergents qui sortent de la colombe. Cette configuration s’interprète à partir de la théorie optique médiévale : ce que nous voyons là est à l’image de la grâce divine sur le monde. Toutefois, Arasse émet des doutes sur l’interprétation précédemment donnée : si la valeur de ce détail était exclusivement théologique, pourquoi l’avoir rendu invisible ? D’autant plus qu’il s’agit d’un dessus de porte du palais des Médicis… pourquoi ce cas serait-il unique ? Cette boutonnière aurait été dissimulée pour ne pas être visible, elle marquerait un secret dont le destinataire aurait été exclu : celui de la relation intime du peintre au modèle de la Vierge, Lucrezia Butti. Cette interprétation est soutenue par un texte de Vasari. Il ne s’agit pas de retenir une anecdote précise à la vie amoureuse du peintre, mais ce détail porte peut-être la marque de la vie personnelle de l’artiste, mais cette interprétation doit rester incertaine. Il s’agit de l’intimité du peintre dans un tableau qui demeura soumise à l’incertitude. Car, regarder un tableau, c’est également accepter de s’embarquer dans l’aventure interprétative, une aventure de l’incertitude. 

Si vous souhaitez faire une estimation d’un tableau, les experts de Mister Expert sont à votre disposition. N’hésitez pas à nous contacter.


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