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Pourquoi certains tableaux ne sont-ils pas signés ?

La signature sur un tableau fait généralement partie intégrante de l’œuvre d’un artiste. Tout grand artiste qui se respecte veut laisser une trace de son passage sur Terre, une trace de ce qu’il a accompli. La signature d’une œuvre paraît ainsi être le moyen le plus sûr pour faciliter son authentification et prouver que c’est bien de la main de l’artiste en question que le tableau a été conçu.

Ainsi, la question du pourquoi certains artistes ne signent pas leur œuvre soulève un paradoxe lorsque l’on voit l’importance de l’authentification dans le domaine de l’art.

Nous arguerons dans cet article que certains tableaux ne sont pas signés pour deux raisons principales : premièrement, la période historique à laquelle le tableau a été peint et le développement du marché de l’art au XIXe siècle qui a plus ou moins rendu obligatoire pour un artiste de signer son œuvre pour obtenir reconnaissance ; deuxièmement, la volonté délibérée de la part de certains peintres de ne pas marquer leur œuvre de leur signature.

Le développement du marché de l’art qui connaît un essor seulement au XIXe siècle

Avant le XIXe siècle, l’apposition de la signature sur une peinture est loin d’être une pratique automatique. Plusieurs auteurs de l’époque s’interrogent alors sur sa/son présence/absence sans trouver d’explication définitive et rationnelle.

  Plusieurs exemples viennent confirmer ce qu’on pourrait appeler une « bizarrerie artistique ». En 1994, lors de l’exposition consacrée à Nicolas Poussin à Paris au Grand Palais, plusieurs experts relèvent que seulement trois toiles parmi la petite centaine qui est exposée sont signées. Ce phénomène n’est cependant pas que français. Un contemporain de Poussin, Rembrandt, ne signait non seulement pas toujours ses œuvres, mais sa signature a évolué tout au long de sa vie, preuve que cette pratique n’était pas forcément monnaie courante chez les grands artistes de l’époque.

Le développement croissant du marché de l’art conduit à ce que la signature est désormais considérée comme un gage d’authenticité d’une œuvre. Fin XVIIIe siècle, de nombreux peintres français s’inscrivent désormais dans ce qui devient une tradition.

Une citation de Gérard Leclerc dans son livre Le Sceau de l’œuvre résume bien la nouvelle dimension que prend la signature dans un tableau aujourd’hui, comme elle l’a toujours été dans la littérature :


 L’œuvre littéraire a un auteur, même si aucun manuscrit n’existe, portant la mention autographe de son nom. La signature de l’œuvre, ce n’est pas la présence du nom sur le manuscrit autographe, c’est l’association opérée par la culture entre une œuvre et un nom. Le tableau, œuvre sortie des mains mêmes de son créateur, porte en général une signature autographe.

Gérard Leclerc

Une volonté délibérée pour certains artistes de ne pas signer un tableau ?

En dépit du fait que le développement du marché de l’art a quasiment automatisé la signature dans un tableau, comme nous l’avons dit précédemment, en tant que gage d’authenticité, il n’en reste pas moins que certains tableaux dans le marché de l’art actuel ne sont pas signés.

L’explication est en général simple : certains artistes ne veulent tout simplement pas que leur œuvre soit communiquée et divulguée, d’autres le craignent même. Ces cas sont davantage à relier à des peintres plus ou moins anonymes qu’à de grands maîtres.

Cependant, concernant ces derniers, certains cas sont plus complexes à élucider. Pourquoi un grand maître contemporain choisirait-il (délibérément) de ne pas signer une de ces œuvres ? Prenons deux exemples : Paul Cézanne et Pablo Picasso.

 Concernant le premier, le peintre français considérait une partie de ces œuvres comme étant « inachevées ». Il ne les signait donc pas et n’apposait même pas de date dessus. C’est le cas du célèbre Vue d’Aubers-sur-Oise, pour l’anecdote, volé au Ashmolean Museum à l’aube de l’an 2000.

Le second cas est intrigant. Le grand maître du cubisme s’est retrouvé plusieurs fois confronté à peindre des œuvres qu’il appréciait particulièrement dont il ne souhaitait pas se séparer. Certains de ses tableaux se retrouvent ainsi non signés par amour du peintre pour certains de ces tableaux. De plus, plusieurs de ces toiles ont été données comme cadeaux à des amis. L’absence de signature et donc d’authenticité certaine de l’œuvre préviendrait davantage facilement du marketing qui pourrait s’exercer autour.

Il existe donc toute une panoplie de raisons pouvant expliquer que des tableaux ne sont pas signés. Si vous pensez posséder un tableau d’un grand maître non signé, n’oubliez pas que la meilleure solution reste de le faire expertiser. N’hésitez donc pas à faire appel à nos experts pour faire authentifier et estimer votre tableau.

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