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Comment reconnaitre le style Directoire ?

De quoi parle-t-on ? 

Le style Directoire est, comme le style Empire qui lui succèdera, principalement porté par les arts décoratifs et le mobilier. Il connaît une grande vogue de 1795 à 1803 et marque la transition entre les styles Louis XVI et Empire : il relève en effet à la fois du XVIIIe siècle finissant, donc du style Louis XVI, et annonce les premiers balbutiements du style suivant.  

Une continuité avec le XVIIIe siècle

De nombreuses pièces du style Directoire prolongent la tradition mobilière qui avait pris place sous le règne de Louis XVI et qui accordait une grande place à l’imitation fidèle, dite archéologique, des modèles antiques. Le style Directoire teinte ce type de mobilier d’une sévérité qui n’existait pas avant la Révolution et y insère des emblèmes révolutionnaires comme le bonnet phrygien.

Les grands noms

jacques-louis david bructus
Les licteurs rapportent à Brutus
les corps de ses fils, Jacques-Louis David, 1789, peinture à l’huile, 323 × 422 cm

Le peintre Jacques-Louis David et l’ébéniste Georges Jacob furent les deux instigateurs de ce renouveau de style : David dessinant et copiant avec plus ou moins d’exactitude des modèles gréco-romains et Jacob les traduisant dans le mobilier. Le peintre David fait également figurer dans plusieurs de ses toiles les créations de Jacob, comme dans Les licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils, exposée au Salon de 1789 et aujourd’hui conservé au Musée du Louvre (crédits photos : 2018 RMN-Grand Palais [Musée du Louvre]/Thierry Ollivier). Georges Jacob quant à lui fut le fondateur d’une dynastie de menuisiers et d’ébénistes qui se poursuivra jusqu’au règne de Louis Philippe et créa dans son atelier de la rue Meslée un nombre incalculable de meubles de toutes sortes, principalement des sièges qui firent sa renommée. Au-delà de ces deux grands noms, d’autres ébénistes élaborent ce changement de goût, comme Guillaume Beneman, Bernard Molitor et Pierre-Antoine Bellangé. 

Parmi les grandes innovations formelles de l’époque, on trouve notamment les sièges curules en acajou que l’on retrouvera durant tout le siècle, mais ces quelques innovations mobilières mises a part, on ne réalise durant le Directoire, que très peu de meubles nouveaux : seule l’ornementation varie considérablement. 

L’ornementation 

Bronzes et marqueteries

L’ornementation durant le Directoire gagne en sobriété, d’autant plus que les émeutes révolutionnaires avaient entraîné la chute de nombreux ateliers d’ébénisterie. Le bronze est utilisé pour les piètements et certaines ornementations de tables, bien qu’il soit moins systématiquement apposé qu’à la période précédente tandis que le marbre et la porcelaine ne se contraignent qu’aux plateaux. La marqueterie de bois exotiques se raréfie, on lui préfère des incrustations de bois clairs, comme le citronnier, ou foncés comme l’ébène. Les motifs caractéristiques du style sont la palmette stylisée, la plaquette striée et le losange (disposé en frises ou servant d’encadrement). Les médaillons ronds inspirés de l’Antiquité apparaissent, autant sur le mobilier que dans l’architecture. 

De manière générale, le mobilier Directoire se distingue du mobilier Empire par la légèreté et la délicatesse des formes, la place moins imposante laissée aux bronzes dorés et les variétés des bois (l’acajou sera l’essence privilégiée sous le Consulat et l’Empire).

La campagne d’Égypte de 1799

Les ornementations marquées par les grandes découvertes pompéiennes et la tradition de représentation des motifs antiques prédominent (telles que les vases, les urnes, les colonnes), mais l’on trouve également, dès la campagne d’Égypte de Napoléon en 1799, les premiers décors à l’égyptienne. Ils vont peu à peu dominer l’ornementation : ce goût sera qualifié d’Égyptomanie. Il est caractérisé par la présence de sphinge, de sphinx, de motifs de pharaons ou de vautours aux ailes déployées qui prennent place sur les consoles d’accotoirs ou ornent les commodes. Cette tendance aux ornements inspirés de l’Égypte, largement diffusée par les recueils de l’époque, notamment ceux publiés par Pierre de la Mésangère, a profondément marqué les arts décoratifs et se poursuivra durant le Consulat et l’Empire. 

Le rôle de Madame Récamier dans l’affirmation d’un style propre au Directoire

Juliette Récamier est une figure marquante du Directoire. Mariée très tôt à un banquier, Jacques Récamier, elle habite dans l’ancien hôtel Necker, dans le quartier de la chaussée d’Antin qui marque son époque par son luxe et ses innovations dans la décoration intérieure grâce aux interventions de l’architecte Percier et des ébénistes Jacob Frères. Le mobilier de son salon, dans lequel elle recevait les personnages les plus influents de son temps, est pour partie conservé au Musée du Louvre. Le lit de repos, dans lequel Juliette Récamier a été peinte par David en est la pièce la plus célèbre. Ce lit prend une forme de banquette antique, qui repose sur huit pieds, les pieds arrière sont en léger sabre, tandis que les pieds avant sont tournés et portent une patine faux-bronze. Les deux dossiers sont en crosse, dans la pure tradition de la fin du 18e notamment illustrés par le mobilier du boudoir turc du comte d’Artois. Ce dossier est interrompu par un mufle de lion au niveau du raccordement. Ce lit est un bel exemple de mobilier étrusque comme on peut le trouver sous le directoire, allié à une volonté archéologique, tant par la forme que par certains motifs décoratifs. 

Les sièges sont des bergères, des fauteuils simples ou curules qui observent une ligne très délicate, que l’on ne retrouvera plus dans le style Empire, et qui est très révélateur de la personnalité de Madame Récamier. Le monde du siège est, à cette époque, en pleine évolution à cause de l’impact de la loi Le Chapelier qui avait mis fin aux corporations en 1791. Les ébénistes et les menuisiers pouvaient donc travailler indifféremment les bois de menuiserie et les bois de placage, donnant naissance aux fauteuils plaqués, comme dans cet ensemble plaqué de citronnier, mis en valeur par des liserés d’amarante (le fort contraste des couleurs, ici simplement évoqué, sera très apprécié et presque systématique dans le mobilier Empire). Dans le mobilier Directoire, le goût pour une sobriété formelle est toujours ponctué d’une vive polychromie, grâce aux garnitures et aux incrustations.

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