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Qu’est-ce l’art figuratif ?

La figuration est la forme la plus répandue de l’art en Occident et donc la plus difficilement définissable par l’infinité de ses applications dans les arts. Outre leurs qualités esthétiques, ces modèles visibles revêtent des fonctions sociales. Ils permettent par exemple de faire mieux saisir la réalité que ne le ferait la vision directe d’un objet en mettant en valeur des traits essentiels (comme dans le portrait) et en en soulignant l’intérêt.

On se plait en effet à regarder les images, car leur contemplation apporte un enseignement et permet de se rendre compte de ce qu’est chaque chose 

Aristote

Était-ce déjà le cas dans l’art rupestre paléolithique, où affluent les représentations d’animaux, de chasseurs et de femmes ? Les clés de lecture nous manquent aujourd’hui. Ces témoignages nous apprennent cependant que le figuratif intervient depuis toujours comme principe esthétique dans les comportements humains.

art figuratif grotte
Quelques-uns des seize bisons figurés dans la grande salle aux bisons de la grotte d’Altamira, entre 17 000 et 12 000 ans avant notre ère. Crédits photos : Thomas Quine, CC by-nc 2.0

Définition de l’art figuratif

L’art figuratif n’est pas un art réaliste

On peut définir l’art figuratif comme la représentation de l’aspect sensible des êtres et des choses. L’art figuratif est un art représentatif, qui n’offre pas seulement une composition de couleurs et de formes à considérer au premier degré, mais un second niveau de signification : l’œuvre représente autre chose qu’elle-même. Ce qu’elle représente est un monde sensible, qui apparaît comme une image, il s’agit de la diégèse. Cette notion, crée par Anne Souriau en 1950 s’applique à tout art où on représente quelque chose et en définit ce qui y est représenté. En effet, les notions de nature, de naturalisme, de réalité ne suffisent pas à définir les images représentées, qui peuvent être figuratives, mais purement fictives tels les licornes, les dragons et toute autre créature issue des bestiaires fantastiques qui nourrissent l’art depuis l’Antiquité.  

L’art figuratif peut être symbolique

Autre subtilité, le figuratif peut être symbolique. Ainsi, l’art bouddhique à ses débuts ne représentait pas le Bouddha, mais remplaçait son image par un symbole compris de tous, comme une roue. Cet art est qualifié d’aniconique (= sans icône) puisque la représentation des dieux est interdite. Par extension, l’art aniconique décrit aussi l’absence de représentation d’êtres humains et d’animaux, comme dans l’art islamique à certaines époques. Cet interdit conduit très tôt à la création d’un art original basé sur la calligraphie, l’ornementation et les motifs végétaux, superbement illustré par les décors de mosaïques de la grande mosquée des Omeyades de Damas au VIIIe siècle. Il s’agit tout de même ici d’un art figuratif puisqu’il représente des éléments sensibles.

art figuratif mosaïque
Détail des mosaïques de la grande mosquée de Damas, VIIIe siècle. Crédits photos : Iconem/dgam.

L’art figuratif présente des nuances

L’imitation de l’objet représenté n’est pas un double de l’objet, mais une simple suggestion (voir le tableau La trahison des images, René Magritte, 1928-29). Ainsi, un tableau plat donne une impression de profondeur par la perspective, une sculpture en marbre parfaitement polie rend les effets de la mollesse des chairs humaines, le portrait d’un homme ressemble à un homme… plus ou moins ! En effet, l’art figuratif présente des nuances allant de l’hyperréalisme en passant par le trompe-œil jusqu’à la stylisation ou la déformation de l’objet, parfois simplement évoqué par quelques traits. Les différentes esthétiques de l’art figuratif dérivent ainsi de ces caractéristiques. Néanmoins, même si l’œuvre est profondément illusionniste, l’objet représenté n’est pas l’équivalent de l’objet en lui-même. Cette distinction, qui nous semble aujourd’hui évidente, se brouille lorsque la représentation revêt un caractère sacré : le culte des idoles (la vénération des images du sacré), a ainsi conduit, en riposte, à de grands mouvements iconoclastes tout au long de l’histoire.

Application et contestation dans les arts

Delacroix Louvre
Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830, huile sur toile, Musée du Louvre

La Mimesis, c’est-à-dire l’imitation de la nature, est selon Platon et Aristote la fonction essentielle de l’art et a été tenue comme telle dans la plus grande partie de la production de l’art occidental. C’est pourquoi à la fin des dix siècles qu’a duré le Moyen Âge occidental (durant lequel les codes de représentation ont considérablement varié), l’humanisme de la Renaissance a tenté de revenir à cet idéal de la Mimesis dans les arts. Paysages, portraits et natures mortes abondent, fourmillant de représentations de l’indicible, de l’invisible et du sacré (mythologique ou religieux), majoritairement traduites par des allégories, c’est-à-dire des figures représentant une idée abstraite, comme la mort, la richesse ou la liberté. C’est alors le règne de l’art figuratif durant près de cinq siècles et confirmé au XIXe par les symbolistes ou les impressionnistes qui, peignant sur le vif, voulaient coucher sur la toile les aspects changeant et fugaces de la nature, sans délaisser la figure humaine.

peinture Giacomo Balla
Giacomo Balla, Dynamisme d’un chien en laisse, 1912, Albright-Knox Gallery, Buffalo

Au XXe siècle, la multiplication des nouveaux points de vue sur le monde apportée par les progrès de la technique et de la science, l’expansion de la photographie, le cinéma ou encore la psychanalyse permet aux postimpressionnistes, aux futuristes ou aux surréalistes d’explorer une infinité de possibilités dans le champ de l’art figuratif : les représentations du mouvement, de la vitesse, de l’électricité, des rêves ou du hasard…

Il n’y a pas d’art figuratif et non figuratif. Toutes choses nous apparaissent sous forme de figures

Pablo Picasso

L’avènement de l’abstraction au début du XXe siècle (qu’on oppose généralement à l’art figuratif, alors considéré comme une forme d’aliénation) est dû selon Clément Greenberg, à la conscience plus aigüe que le tableau n’est en fait qu’une surface plate décorée. Pourtant, la peinture abstraite n’a jamais été purement décorative. La conception des œuvres repose sur un substrat conceptuel à portée philosophique ou quasi mystique, qui ne veut plus transmettre une réalité, mais une essence, une idée, la « pure représentation de l’esprit humain » tel quel le souhaitait Piet Mondrian.

La destruction de l’espace illusionniste par les grandes avant-gardes du début du XXe siècle n’a néanmoins pas rendu totalement désuet l’art figuratif, qui trouve encore aujourd’hui de larges développements dans les pratiques liées à la photographie, à l’hyperréalisme et aux performances.

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