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Quelles sont les clés pour identifier un blason ou une armoirie ?


 Il est des mythes qui ont la vie dure, et celui qui assimile armoirie et noblesse est de ceux-là .

Michel Pastoureau, Traité d’héraldique, 1979

Qu’est-ce qu’un blason ? 

Le blason est un signe de reconnaissance dont le rôle initial était de pouvoir reconnaitre chacune des unités d’une armée sur un champ de bataille et éviter ainsi aux régiments de s’entretuer. Il sert plus généralement au porteur à affirmer son identité ou son pouvoir. Il peut être aussi un moyen privilégié de diffuser la propagande d’une personnalité, d’une institution ou d’une famille comme dans le cas des Médicis par exemple, qui ont inondé les façades des bâtiments toscans de leurs armoiries.

Contrairement aux idées reçues, il n’est pas nécessaire, en France, d’être de naissance noble pour pouvoir créer et porter un blason : les bourgeois et même certains paysans créent leurs armoiries dès le XIVe siècle. Souverains, familles, ecclésiastiques, corporations ou domaines (communes, régions, villes, etc.) peuvent arborer des armoiries. La seule grande règle est de s’assurer de l’unicité de son blason et de ne pas usurper celui des autres. En France, le port des armoiries a théoriquement été aboli à la Révolution, mais la science de l’héraldique continue à être développée et enseignée ; elle compte de nombreux adeptes et de grands représentants, parmi lesquels le plus célèbre en France est sans nul doute Michel Pastoureau qui a contribué à faire connaitre cette discipline au grand public. Aujourd’hui, la Commission Nationale d’Héraldique peut même vous conseiller dans la création d’une armoirie.

Comment lire un blason ? 

L’héraldique, c’est-à-dire l’étude des blasons, est à la fois une science (elle fait partie des sciences auxiliaires de l’histoire), un art (les peintres héraldistes sont de mieux en mieux connus), mais aussi un langage. En effet, le langage descriptif du blason est très normé et conventionné : on parle de langue héraldique. Ce vocabulaire spécifique est composé de mots dont l’origine est très ancienne, souvent tiré de l’ancien français. Par exemple, blasonner (c’est-à-dire décrire) l’écu de France se fait de cette manière : d’Azur à trois fleurs de lys d’or. Si celui-ci est bordé d’une bande rouge, on dit qu’il est de France à bordure de gueule. Les règles sont nombreuses tant au niveau de la création que de la description des armoiries. Notons que la lecture peut se tenir au blason seul, parfois appelé écu, ou peut s’étendre aux ornements extérieurs.

Les représentations que l’on trouve sur les blasons peuvent être liées à des symboliques spirituelles ou des homonymies ; dans ce dernier cas, on parle alors d’armes parlantes qui ont pour certaines un haut degré humoristique. Les exemples d’armes parlantes sont nombreux : elles sont souvent évidentes comme le coq pour la famille Lecoq ou le château pour la Castille. Parfois, elles se présentent sous la forme d’un rébus, comme un rat et un cygne pour la famille de Racine. Malheureusement, l’association d’un blason à une famille n’est pas toujours aussi simple, et l’on doit souvent se référer à des armoriaux (c’est-à-dire des lexiques d’armoiries) comme Le Grand Armorial de France par exemple. 

Pourquoi apprendre à lire un blason ? 

Savoir identifier un blason, c’est savoir identifier la provenance, l’époque, le commanditaire et parfois le créateur d’une œuvre d’art. En effet, du XIIIe siècle jusqu’à la Révolution, les blasons ont été omniprésents dans les arts : sur des éléments d’architecture parfois déposés aujourd’hui, sur les services de vaisselles comme les majoliques italiennes par exemple, sur les plaques de cheminées, les sculptures, les manuscrits, l’orfèvrerie, les peintures religieuses ou historiques, etc. Un bon expert, quel que soit son domaine, doit être capable de lire un blason et de pouvoir se référencer à un bon armorial pour découvrir la famille, l’institution ou la personne qui se cache derrière cette œuvre.

Parfois, l’identification du blason donne lieu à une nouvelle lecture de l’œuvre. Par exemple Piasa a vendu en 2017, à plus de 65 000 euros, un tapis espagnol du XVIe siècle qui a pu être authentifié grâce à la présence d’armoiries de conquistadors. De même, le 4 juillet 2019 a été adjugée une terrine couverte en faïence de Moustiers qui a été identifiée, grâce à ses armoiries, comme appartenant au fameux service dit « Deschamps-Constant », daté de 1744. L’appartenance à ce service a fait le prix de cet objet, qui a été vendu plus de 13 500 euros à l’hôtel d’Ainay de Lyon. Également, en décembre 2019, l’étude brestoise Adgug’Art OVV a présenté une paire de bougeoirs d’aspect relativement commun et pourtant estimés 20 à 25 000 euros. Ce prix s’explique par la présence des armoiries du prince électeur et duc de Hanovre sur la base de l’ombilic, qui ont permis d’attribuer et de dater ces pièces, ce qui leur a donné une valeur considérable. 

C’est pourquoi il est important de bien regarder son objet et dans le cas où celui-ci porte des armoiries, de pouvoir le confier à l’expertise d’un professionnel féru d’héraldique !

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