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Comment reconnaître une estampe japonaise ?

L’estampe japonaise : une histoire 

L’estampe apparaît au XVIIe siècle au Japon. L’empereur réside alors à Kyoto tandis que l’actuel Tokyo est encore nommé Edo. Après une longue période d’instabilité politique, le shogun Tokugawa Ieyasu instaure un gouvernement militaire et isole, pendant plus de deux siècles, l’archipel du monde extérieur, cette situation étant source de paix et la prospérité.

Cette époque voit l’avènement d’une riche classe bourgeoise, cherchant à se démarquer par une culture qui lui serait propre. C’est à Edo, où règne un climat d’effervescence artistique, que se développe cette culture spécifique qui trouve notamment une incarnation dans la forme de l’estampe, d’abord utilisée dans la publicité et pour le spectacle. Les acteurs de kabuki, ce théâtre parlé et chanté qui connaît son apogée au milieu du XVIIIe siècle, furent l’un des premiers thèmes de l’estampe. Les propriétaires de salle commandaient des affiches, des programmes, des estampes pour faire connaître les spectacles.

C’est toutefois à la fin du XVIIIe siècle que l’estampe japonaise connaît, elle, son âge d’or avec l’arrivée de Kiyonaga puis, au XIXe siècle, d’Hokusai et d’Hiroshige qui diversifient les thèmes (paysages, représentations de la vie quotidienne avec les Hokusai Manga etc.).

Les échanges avec l’Europe, rétablis à la suite de la restauration Meiji en 1868, ouvrent la voie à la diffusion de la photographie et de techniques d’imprimerie. D’ailleurs, l’âge d’or de l’estampe est, tout à la fois, un âge d’or au Japon, mais également en Occident où se développe une tendance japonisante dès les années 1860 avec l’importation des estampes japonaises, tendances dont sont empreintes les œuvres de Monet (La Japonaise, 1875, Boston Museum of Fine Arts), Manet ou Whistler en Angleterre (La Princesse du pays de la porcelaine, 1863-4, Washington, Freer Gallery of Art). Si l’estampe japonaise, ayant accédé au rang d’emblème national, demeure populaire aux XXe et XXIe siècles, elle fait cependant l’objet d’un clivage entre une production spécifiquement artistique avec des œuvres faisant l’objet d’un réel investissement de la part de l’artiste et une production de type culture de masse, aisément accessible et à très bas prix.  

L’estampe japonaise : reconnaître une technique

De manière générale, une estampe désigne « Toute espèce d’image obtenue par un procédé d’impression. », c’est-à-dire des images imprimées sur papier par l’utilisation des techniques de la gravure, de la lithographie ou de la sérigraphie.

On désigne par gravure, l’art de creuser le métal ou le bois, de manière directe (technique de la pointe sèche ou du burin) ou indirecte (technique de l’eau-forte où l’acide vient creuser le métal). Dans la gravure sur bois, appelée xylographie, le procédé est inverse puisqu’il s’agit de creuser la planche pour faire émerger le dessin.

La lithographie consiste, quant à elle, à l’impression d’un sujet dessiné sur la pierre quand la sérigraphie a recours au pochoir entre l’encre et le support. L’estampe japonaise est une gravure sur bois, dit xylographie, qui utilise généralement un bois dur, le bois de cerisier. Son développement est surtout lié au mouvement de l’ukiyo-e (terme japonais signifiant « image du monde flottant ») ; un mouvement artistique japonais correspondant à l’époque d’Edo (1603-1868).

Les épreuves d’estampes ukiyo-e obéissent à une production ordonnée : l’artiste dessinateur réalise d’abord un dessin-maître à l’encre (shita) puis le graveur colle ce dessin contre une planche de bois avant que celle-ci, ainsi gravée, ne soit encrée et imprimée. Les épreuves sont ensuite collées sur de nouvelles planches de bois, et les zones du dessin à colorer d’une couleur particulière sont laissées en relief. Le jeu de planches de bois est enfin appliqué sur le papier, des marques de calage (kento) permettant l’ajustement de chaque planche par rapport au reste de l’image.

Pour l’encrage, on utilise un tampon (baren) en corde de bambou sur chacune des planches. Il y a plusieurs applications avec pression à la main au tampon du papier végétal sur une face du bloc, une application par couleur dont le motif est gravé.  

L’estampe japonaise : reconnaître des thèmes et des artistes 

Outre les kabuki et le monde du théâtre, les estampes japonaises s’orientent au tour de plusieurs thèmes

L’amour et la femme :

Les portraits de femmes dits bijin-ga, sont l’un des principaux thèmes des estampes japonaises, du XVII au XXe siècle, les courtisanes célèbres pour leur beauté étant les plus représentées. À la beauté de la courtisane sont souvent associés la richesse et le raffinement de son vêtement : le kimono. Des artistes comme Harunobu, Sukenobu, Kiyonaga, Eishi et Utamaro doivent leur renommée à ce thème. En lien avec les portraits de femmes, on peut citer les shunga désignant les estampes à caractère érotique dont l’apogée se situe aux XVII-XVIIIème siècles. 

Le temps :

On appelle e-goyomi (« images de calendrier ») des calendriers japonais sous forme d’estampes. Les e -goyomi ont un caractère certes utilitaire, mais sont aussi riches en jeu d’esprit puisque l’artiste dissimule, dans les détails de l’estampe (kimono, ceinture), les mois longs de l’année.

Le fantastique :

Ce thème est principalement présent chez Utamaro (Cent histoires de démons et d’esprits) ou chez Hokusai dans plusieurs estampes (Lavis à l’encre de Chine, étude de Hokusai, pour un fantôme de femme noyée, vers 1840) et dans ses carnets de croquis, les Hokusai Manga. On le rencontre aussi chez Hiroshige (les Cents Vues d’Edo). 

L’observation de la nature :

La représentation de la nature dans l’estampe s’apparente d’abord au travail d’un naturaliste, ce dont témoignent trois œuvres d’Utamaro que sont Les Insectes choisis (1788), le Livre des oiseaux (1791), et les Souvenirs de la marée basse (1790-1791). C’est au XIXe siècle que le paysage prend une part croissante dans les estampes japonaises, conformément aux évolutions du Japon. Le début du tourisme, avec l’aménagement de chemins depuis Edo vers les régions plus rurales offre la liberté aux artistes de se faire voyageurs pour nourrir leurs travaux. Hokusai et Hiroshige se font les principaux représentants du paysage japonais traduit en estampes avec la réalisation de séries décrivant les plus beaux sites japonais dont les plus connues sont les Trente-six vues du mont Fuji (Hokusai) ou les Cents Vues de Hiroshige. 

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